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    PETROCI : Les audits de la discorde

    Ce n’est pas un, mais quatre audits qui sont actuellement menés concomitamment – par les plus grands cabinets au monde – au sein de PETROCI, poussant certains à parler de harcèlement du ministre du Pétrole.

    Un premier audit avait été lancé par la direction générale de PETROCI elle-même. Conduit par Ernst & Young, il porte sur le processus d’approvisionnement et de distribution du gaz.

    Trois autres équipes d’auditeurs travaillent en ce moment sur PETROCI, à la demande du ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, Mamadou SANGAFOWA COULIBALY. KPMG est chargé d’un audit sur le flux du gaz butane au niveau de PETROCI, une sorte de contre-audit de celui de la direction générale de PETROCI exécuté par Ernst & Young. SINCA a été chargé d’enquêter sur la subvention du gaz butane par l’Etat, pour rendre ce produit accessible au plus grand nombre. Confié à MAZAR par la tutelle, le dernier audit doit passer au crible la trésorerie de PETROCI.

    Accusations de harcèlement à travers des audits

    Selon certaines sources, le Directeur Général de PETROCI était dans le viseur depuis quelques mois. Les auditeurs mandatés par le ministre se seraient plaints  « d’obstruction et de rétention de l’information ». Les cabinets d’audits se seraient vus refuser l’accès à de nombreux documents sollicités « comme si le DG avait des choses à dissimuler » soutient le responsable d’une équipe d’auditeurs que j’ai pu joindre.

    Tout en réfutant l’accusation d’obstruction aux enquêtes, plusieurs hauts cadres de l’administration de PETROCI qui ont accepté de se confier discrètement à moi, décrivent une situation qu’ils qualifient de « harcèlement ». Ils parlent de fortes pressions et affirment que certains d’entre eux peuvent être sollicités plusieurs fois dans la même journée par deux ou trois groupes d’auditeurs pour la transmission de différents documents. « La situation est intenable, surtout que nous devons au même moment continuer d’exécuter nos tâches quotidiennes au sein de l’entreprise », se sont plaints mes interlocuteurs.

    Un proche collaborateur du Directeur Général précise que ce dernier ne peut être accusé dans ce dossier des audits : « de commun accord avec la tutelle technique au ministère, en l’occurrence Mme KONE Melaine, il avait été décidé que le point focal – à PETROCI – des différentes équipes d’auditeurs sera notre Coordinateur de l’audit interne, monsieur AMBEDOU Armel ». Ma source affirme ainsi qu’on ne peut donc accuser Vamissa BAMBA d’avoir entravé les audits, « puisqu’il avait désigné un interlocuteur avec les fermes instructions de mettre à la disposition des auditeurs tous les documents requis ».

    Je me suis renseigné auprès d’une dizaine de directeurs d’entreprises et structures publiques et ils sont tous unanimes : « quatre audits menés concomitamment au sein de la même entreprise, c’est inédit en Côte d’Ivoire et cela empêcherait toute structure de fonctionner correctement. Cela s’apparente à de l’acharnement. Dans quel but ? On peut clairement le deviner », a affirmé un des directeurs généraux.

    PETROCI, un costume trop grand pour M. BAMBA ?

    D’influentes personnalités de PETROCI et du gouvernement avec lesquelles je me suis entretenu se veulent rassurantes : « si les audits ne mettent rien en évidence de suffisamment grave qu’on puisse reprocher à la gestion de Vamissa, il réintégrera son poste. Pour l’instant, il n’est que suspendu, et il bénéficie toujours de son salaire, de sa voiture de fonction, de son chauffeur et de tous ses avantages de DG ».

    Un membre du Conseil d’administration du pétrolier ivoirien estime cependant que le challenge était peut-être trop lourd pour le patron suspendu. « Vamissa BAMBA est un très bon ingénieur et il fait partie de ceux qui ont contribué à la découverte de l’important gisement Baleine (NDLR : ce gisement permet à la Côte d’Ivoire de devenir un producteur majeur de brut en Afrique), mais il n’est peut-être pas fait pour gérer une boite aussi grosse que PETROCI ».

    L’argument est battu en brèche par un expert ivoirien du secteur, lui-même ancien haut cadre de PETROCI, qui soutient que « si on venait à confirmer le départ de Vamissa BAMBA, ce serait dommage. Au moment où le pays devient un producteur majeur de brut on a plus que jamais besoin de son expertise en tant que plus expérimenté ingénieur en développement pétrolier en Côte d’Ivoire ». Ce dernier estime qu’on a « plus besoin aujourd’hui à la tête de PETROCI de quelqu’un qui sait comment faire pour assurer – par un contrôle avisé – que les compagnies étrangères ne nous trompent pas sur les quantités extraites que de quelqu’un pour gérer l’argent de PETROCI au quotidien, et Vamissa Bamba a le profil pour cette exigeante mission ».

    Le Conseil d’administration a bel et bien reçu les résultats de l’audit ordonné par M. BAMBA sur l’approvisionnement et la distribution de gaz

    Le bilan que défendent les soutiens du DG

    Les soutiens de M. Vamissa BAMBA avancent comme preuve pour illustrer sa compétence, son bilan depuis un peu moins de deux ans qu’il est à la tête de PETROCI, notamment ses efforts pour assainir le secteur de l’acquisition et la distribution du gaz butane. Contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, l’audit ordonné par M. BAMBA sur l’approvisionnement et la distribution de gaz est achevé. Comme l’atteste une lettre de transmission dont j’ai pu obtenir copie, le rapport a même été transmis au Conseil d’Administration depuis le 31 mars 2023. Ce document confidentiel, dont j’ai pu consulter quelques pages, fait apparaître qu’entre 2018 et 2021 – les trois années précédant l’arrivée à la tête de PETROCI de Vamissa BAMBA – 63.092 tonnes de gaz, soit environ 40 milliards FCFA ont été détournés par un réseau constitué de plusieurs hauts cadres de la compagnie. La moyenne des détournements du gaz butane à PETROCI, de 2018 à 2021, se chiffre donc à 13 milliards FCFA par an. 

    Alors que l’activité gaz butane de PETROCI était jusqu’ici déficitaire – nonobstant d’importantes subventions de l’Etat – les mesures prises par Vamissa BAMBA pour arrêter la saignée – entre autres à travers un contrôle plus rigoureux des stocks entrés et des quantités vendues – semblent produire des résultats. Des documents de PETROCI auxquels j’ai eu accès font apparaître que l’entreprise détenue à 100% par l’Etat projette 8,3 milliards FCFA de bénéfice en 2023 sur le gaz butane.

    Le ministre SANGAFOWA accusé de vouloir liquider le DG

    Forts de ses résultats, et face à la suspension du Directeur Général, des membres de l’équipe de ce dernier avec qui je me suis entretenu pointent un doigt accusateur en direction du ministre du Pétrole, Mamadou Sangafowa COULIBALY, soupçonné d’avoir « monté toute cette cabale pour remplacer Vamissa BAMBA par un de ses hommes », avant de conclure : « Sangafowa veut nommer son propre DG pour capter une partie de la manne pétrolière annoncée, sinon ils n’ont rien contre Vamissa ». 

    L’un des hauts cadres de PETROCI qui m’a parlé sous l’anonymat, explique que « suspendre quelqu’un avant les résultats des audits, c’est comme si on arrêtait une personne pour ensuite commencer à chercher des preuves qui permettraient de l’inculper ». Très amer, un responsable du personnel de PETROCI s’étonne que dans les autres entreprises et structures publiques ou les dirigeants ont été limogés « cela est intervenu à l’issue des audits, pas avant. Nous concluons donc que Vamissa Bamba gênait peut-être certains puissants qui ont voulu le dégager. Et ils fabriqueront maintenant des fautes graves à lui coller sur le dos, et justifier ainsi son limogeage ».

    Toutes mes démarches pour faire réagir le ministre à ces accusations sont restées vaines. J’ai notamment approché ADINGRA Jean Éric, conseiller en communication au ministère des Mines, du Pétrole et de l’Energie qui a promis me « revenir », une promesse demeurée sans suite. Le ministre Mamadou Sangafowa COULIBALY a également contracté avec une agence de communication pour le compte de son ministère. J’ai donc contacté M. Akou de l’agence 2AA qui ne m’a pas répondu. Nous pouvons donc conclure que le ministre a choisi d’user de son droit au silence. Un haut cadre de l’administration ivoirienne à qui j’ai expliqué cette situation regrette le fait que « cette attitude de Sangafowa risque malheureusement de faire enfler encore plus le sentiment à PETROCI – et de plus en plus au sein de l’opinion – que toute cette affaire relève d’un complot du ministre pour remplacer Vamissa BAMBA, nommé par son prédécesseur, par quelqu’un qu’il aura nommé et qui lui sera fidèle ».

    Ce qui est vrai, est vrai !

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