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    Retrait du contingent ivoirien : Sombres perspectives sécuritaires pour le Mali

    Alors que la Côte d’Ivoire vient d’officialiser le retrait de ses troupes au Mali, dans un contexte de tensions entre les deux Etats, les perspectives sécuritaires dans ce pays ne prêtent guère à l’optimisme.

    Dans sa missive au responsable des Opérations de maintien de la paix de l’ONU, le gouvernement ivoirien précise que « la relève de la compagnie de protection basée à Mopti ainsi que le déploiement des officiers d’état major et des officiers de police, prévus respectivement en octobre et novembre 2022 ne pourront plus être effectués ». De même, poursuit la correspondance au Français Jean-Pierre Lacroix, « la Côte d’Ivoire n’envisage pas relever, en août 2023, les militaires et autres éléments présents au sein de la MINUSMA ».

    Une source à l’état-major de l’armée ivoirienne à Abidjan m’a confirmé la présence de 648 militaires Ivoiriens à Tombouctou et 208 à Mopti, auxquels il faut ajouter 14 officiers d’état-major, basés au PC (Poste de Commandement) opérationnel à Bamako, soit un total de 870 militaires. Vingt-huit officiers de la police ivoirienne sont également présents au sein de la MINUSMA.   

    Même si Abidjan garde le silence sur les motivations de ce retrait, le maintien en détention de 46 militaires Ivoiriens accusés par Bamako d’être entrés illégalement dans le pays alors qu’Abidjan confirme qu’ils avaient toutes les autorisations et documents attestant de leur déploiement au sein de la mission onusienne, justifie le départ des Ivoiriens. Le Secrétaire Général de l’ONU a d’ailleurs confirmé plus tard la qualité de ces soldats Ivoiriens.

    Selon mes sources très informées au sein de l’administration ivoirienne, Abidjan avait voulu retirer tous ses hommes au Mali courant novembre 2022. Mais, toujours d’après mes sources, le président ivoirien a finalement accédé à la requête du patron de l’ONU d’accorder un délai à la MINUSMA pour s’organiser afin de pallier au retrait des Ivoiriens. Preuve de ce que ce retrait est directement lié à la crise entre les deux pays, le gouvernement ivoirien se dit « disposé à redéployer les contingents retirés du Mali, dans les autres missions onusiennes ». C’est la première fois que les autorités ivoiriennes prennent des mesures contre le Mali dans la crise née de la détention de 46 militaires Ivoiriens à Bamako, « mais ce n’est pas la dernière mesure » a menacé ma source ivoirienne.

    Pays continental, le Mali dépend de la Côte d’Ivoire pour l’exportation d’une grande partie de son coton et l’importation des denrées de première nécessité, dont le carburant. Par ailleurs, entre 30% à 40% de l’électricité distribuée au Mali provient de  Côte d’Ivoire.

    Reconnus comme des combattants bien formés et aguerris qui ne reculent jamais devant l’ennemi, les soldats Ivoiriens sont très impliqués dans le convoi de la logistique de la MINUSMA. Des missions très périlleuses, dans un contexte de guerre asymétrique, sans ligne de front, où les routes et les pistes sont régulièrement piégées à l’explosif par les terroristes. Le 13 Janvier 2021, quatre soldats ivoiriens avaient trouvé la mort lors de l’attaque de leur convoi à 95 km de Tombouctou, dans le nord du pays. Ce sont les seuls Ivoiriens tombés sur le sol malien.

    D’après une source au sein de la MINUSMA, « sur les quelques 14000 militaires et policiers de la mission onusienne, seuls 10% se consacrent à la mise en œuvre du mandat ». Le départ des Ivoiriens est donc un coup dur pour la MINUSMA, qui vient par ailleurs d’enregistrer celui du contingent britannique fort de 300 hommes, dans un contexte sécuritaire très volatile, et au moment où la MINUSMA plaidait plutôt pour l’augmentation de la taille du contingent onusien. On assiste, en effet, à la recrudescence des attaques dans les régions nord depuis le retrait de la force française barkhane. Les principaux groupes armés terroristes et les ex-mouvements touaregs s’affrontent pour le contrôle des territoires qui leur avaient été repris par les troupes françaises. 

    Dans un rapport présenté le 3 octobre 2022 devant le Conseil de Sécurité par le haut représentant de l’ONU au Mali – dont j’ai pu obtenir copie – il est écrit que l’Etat ne contrôle que 26% du territoire dans le centre du pays, précisément dans les régions de Mopti et Ségou. Sur 110 préfets nommés dans cette zone, note le rapport de El-Ghassim Wane, seul 29 étaient à leurs postes, les 81 autres étant dans l’incapacité de rejoindre leurs lieux d’affectations, complètement sous le contrôle des groupes terroristes.

    Par ailleurs, les relations entre les autorités maliennes et la MINUSMA sont tendues, notamment avec des restrictions des mouvements des troupes et appareils de l’ONU. Le rapport présenté par le patron de la MINUSMA devant le Conseil de Sécurité relève ainsi une situation ubuesque pendant laquelle un hélicoptère d’attaque de la MINUSMA appelé en renfort – par l’armée malienne qui faisait face à une attaque les 30 et 31 août 2022 à Ansongo et Ménaka – a été empêché de décoller, faute d’autorisation.

    La situation sécuritaire ne cesse de se dégrader au Mali, selon tous les observateurs. Il n’y a pratiquement plus de présence de l’armée malienne au nord, et des groupes armés locaux sont contraints de s’allier avec une partie des mouvements jihadistes pour combattre l’état islamique dans le grand Sahara. Selon un spécialiste du nord du Mali, « cette situation est similaire à celle qui avait précédé la prise de toutes les localités du nord par le JNIM (Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin) de Iyag Ag Ghali, affilié à Al-Qaeda. Croyant poursuivre le même objectif qui consiste à chasser l’Etat du Mali du septentrion de ce pays, les groupes sécessionnistes de l’Azawad s’étaient alliés au jihadistes de Iyad, mais ce dernier les a ensuite pourchassé et chassé des territoires conquis, une fois l’armée malienne vaincue ».

    De plus en plus d’experts n’écartent plus le scénario afghan d’une prise de contrôle de tout le pays par les jihadistes. Dans de nombreuses localités du Nord et du Centre, les mollahs font régner leur ordre et la charia est déjà en application. On ne sait pas si c’est la probabilité de la prise de Bamako par les groupes terroristes qui pousse les différents pays à se retirer du Mali, ou si se sont ces départs qui vont précipiter la chute de Bamako et de tout le Mali.

    D’après mes sources bien informées au Mali, la banque centrale – la BCEAO – a remarqué des centaines de transferts de fonds suspects qui dissimulent de vastes fuites de capitaux. « Ceux qui ont de l’argent flairent un effondrement imminent de l’Etat avec la chute de Bamako, et ils veulent mettre leurs deniers en sécurité à l’étranger ». 

    Ce qui est vrai, est vrai !

    Saïd Penda

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