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    Vente de l’aire de jeu de la Riviera Golf : la SICOGI au cœur du scandale

    Tout éclate en fin 2021, lorsque Twins Immobilier érige une clôture sur une partie de l’aire de jeu dans cette zone résidentielle dite des tours de la Riviera Golf dans la commune de Cocody. Des vigiles, accompagnés de chiens, surveillent désormais le site ainsi barricadé. La réaction des riverains – qui s’étaient opposés aux individus mandatés par Twins Immobilier pour des études – s’amplifie. A travers des vidéos chocs, ils arrivent à attirer l’attention de l’opinion et l’affaire prend de l’envergure, suscitant l’émotion jusqu’au sommet de l’Etat. Notre enquête révèle des convoitises foncières dissimulées derrière la lutte pour défendre les intérêts des riverains et fait la lumière sur la gestion scandaleuse de la SICOGI qui a conduit à l’imbroglio observé. 

    L’entreprise Twins Immobilier ne se serait jamais retrouvée empêtrée dans un tel chaos foncier, si la SICOGI ne l’y avait pas entraînée, par la gestion hasardeuse de ses dirigeants. En effet, j’ai pu me procurer une lettre de la SICOGI qui indique clairement que c’est un terrain en face de l’ambassade des Etats-Unis qui avait été proposé à l’entreprise immobilière. Mais après paiement de 230 millions F.CFA par Twins Immobilier en guise d’avance, on découvre que le terrain que la Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière (SICOGI) est entrain de vendre ne lui appartient plus depuis plusieurs années. Mais plutôt que de confesser une erreur, déjà très grave pour une entreprise publique de ce niveau, la SICOGI va plutôt mentir grossièrement en indiquant « avoir été informée par les services du cadastre que des titres fonciers frauduleux ont été créés sur lesdits terrains ». Cette bêtise illustre plutôt la gestion approximative de son patrimoine foncier par la SICOGI, qui pouvait engager des opérations de vente d’un terrain sans s’assurer au préalable que ce bien lui appartient toujours. Car en effet, il n’y a jamais eu de titre foncier frauduleux sur le terrain en face de l’ambassade des Etats-Unis, vendu depuis quelques années à la CNPS, par la même SICOGI, comme j’ai pu le vérifier auprès des services du cadastre tout comme au niveau de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale.

    J’ai demandé au ministre Bouaké Fofana, Directeur Général de la SICOGI au moment des faits, comment le géant public de l’habitat pouvait se comporter comme un vulgaire spéculateur foncier en tentant de vendre un terrain qui ne lui appartenait plus, mais il n’a toujours pas répondu à mes questions envoyées par WhatsApp et bien reçues.

    Remplacement de terrain 

    Devant l’indisponibilité du terrain sur lequel avait été engagée la transaction, la SICOGI propose de rembourser Twins Immobilier. Mais surprise, alors que l’entreprise attend le remboursement promis, une de mes sources à la SICOGI, qui a requis l’anonymat, m’informe que la société publique évoque « des problèmes de trésorerie » et propose à Twins Immobilier de lui vendre plutôt d’autres terrains dans la même zone de la Riviera Golf. L’entreprise privée, dont l’objectif est de réaliser son projet de construction de deux tours de très haut standing et d’un centre commercial, accepte la proposition de la SICOGI.

    Une opération assimilable à de l’escroquerie

    Twins Immobilier vient de se jeter dans la gueule du loup, mais l’entreprise ne le sait pas encore. Le 15 Juin 2020, comme l’attestent les actes notariés établis par Me Ouffoué D. Bernard, dont j’ai me procurer des copies, la SICOGI cède à Twins Immobilier cinq lots d’une superficie totale de 5.597m². M. Bouaké Fofana signe pour la SICOGI et Mme N’Dia Salimata pour Twins Immobilier.

    Jusque-là tout semble normal, du moins pour l’entreprise privée, qui s’inquiète tout de même de ce que le terrain qui lui est vendu, par la SICOGI qui y détient un titre foncier, est clairement une aire de sport, de surcroit aménagée, même si ce n’est que très sommairement. La direction de Twins n’a pas voulu s’exprimer officiellement sur cette affaire, mais un responsable de l’entreprise m’a expliqué que les inquiétudes de l’acquéreur ont tout de suite été balayées par la direction de la SICOGI qui a expliqué que le centre commercial SOCOCE tout comme l’agence de la banque SGBCI tout prêt ont été bâtis sur d’anciennes aires de loisirs vendus par la SICOGI, nonobstant l’opposition des riverains.

    Sauf qu’au moment de la vente de ce terrain à Twins, la SICOGI ne pouvait ignorer que l’entreprise privée pourrait avoir des difficultés à jouir de son bien, ce qui confère à cette vente un caractère abusif, qu’un tribunal pourrait juridiquement qualifier d’escroquerie. En effet, en 2017 déjà, la SICOGI avait vendu, sur le même site, deux lots de 951m² et de 712m² à M. Liu Bingyan, ressortissant chinois, pour 66.520.000 F.CFA, comme l’atteste l’acte de cession établi par-devant le notaire, Me Niamien N’guessan Antoine. Le Chinois n’a jamais pu jouir de ses terrains, les riverains s’étant physiquement opposés à l’occupation de leur aire de jeux.

    Toujours en 2017, la SICOGI a vendu une autre portion de cet espace, 14.558 m² à une entreprise dénommée SCANNING SYSTEMS pour 500 millions F.CFA au cours d’une transaction officialisée par Me Clémence Lasme-Serime. SCANNING SYSTEMS n’a pas pu jouir de son bien, tout comme un autre acquéreur, une proche d’un dirigeant de la SICOGI. Tous se sont heurtés à la farouche opposition des riverains.

    La SICOGI ne pouvait ignorer ces éléments au moment où elle a décidé de vendre des lots sur le même espace à Twins Immobilier, ce qui laisse planer des soupçons d’escroquerie que confirme une de mes sources à la SICOGI. « Nous savions que les riverains, qui s’étaient déjà opposés à d’autres acquéreurs auparavant, n’allaient pas laisser Twins y réaliser son projet. Mais nous ne disposions pas de cash pour rembourser les 230 millions qu’elle avait déjà avancés, et le DG, Bouaké Fofana, avait besoin d’argent et dans ce cas-là, la pression est telle qu’il faut tout faire pour lui en trouver ». 

    Evidence de détournements de deniers publics

    Au-delà des difficultés rencontrées par Twins Immobilier pour jouir d’un bien légalement acquis, cette affaire a surtout révélé des principes de gestion peu orthodoxes à la SICOGI, notamment au moment où s’est déroulée la transaction. En effet, j’ai pu me procurer des preuves de versements en espèces au profit de la SICOGI par Twins Immobilier. Entre 2020 et 2021, ce sont quatre paiements en cash qui ont ainsi été effectués pour un montant total de 376 millions de Francs CFA, contre remise de simples décharges signées d’une certaine Mme Sidibé née Konaté Assétou de la SICOGI. Toutes mes démarches pour faire parler cette dame sont restés vaines. Le ministre Bouaké Fofana, alors DG de la SICOGI n’a également pas répondu à mes questions sur la justification de paiements de montants aussi élevés en espèces, en violation de la réglementation. La réponse du ministre était d’autant plus capitale que de forts soupçons de détournements de deniers de la SICOGI ont été avancés contre lui. Je peux moi-même confirmer que si j’ai pu retrouver les preuves des versements effectués par chèques par Twins Immobilier (348.243.628 F.CFA) dans les livres de la SICOGI, par contre, les traces des 370 millions payés en espèces ne sont visibles nulle part dans la comptabilité de la SICOGI, preuve de ce que l’argent versé en cash a vraisemblablement été détourné.   

    Par ailleurs, un haut cadre de la SICOGI, qui a requis l’anonymat, a affirmé qu’au cours de sa gestion, le DG et actuel ministre de l’Assainissement et de la Salubrité « Bouaké Fofana a puisé dans les caisses de la société des sommes en espèces pour un total d’environ 2 milliards FCFA sur les exercices 2018, 2019 et 2020. Ces sommes d’argent, étaient transportées par son frère cadet, Idrissa Fofana, alors même qu’il n’était pas encore employé à la SICOGI ». Mais il y a eu pire dans la gestion de M. Bouaké Fofana, si on se réfère à ma source, très fiable : « Outre ces décaissements en espèces, poursuit mon interlocuteur, Bouaké Fofana a créé de nombreux litiges sur le foncier à la SICOGI sans que l’équipe opérationnelle ne soit informée. Il a, par exemple, fait prendre une hypothèque de 200 millions sur un terrain qui n’appartient plus à la SICOGI ; il a fait une double-vente sur le parking du Conseil de l’Entente sis à Cocody au profit de la SCI Sakina. Toutes ces ventes, qui sont vérifiables, ont été faites en dehors de la comptabilité de l’entreprise avec son frère cadet, Idrissa Fofana, qui a rejoint la SICOGI en 2020 au poste de Directeur de l’Audit et de la Qualité et de Responsable du Foncier. Il était donc aisé pour Bouaké Fofana de continuer à vendre le foncier de l’entreprise sans verser les sommes issues de la vente de ces terrains dans les caisses de l’entreprises». Le cadre de l’entreprise publique m’a fait d’autres révélations qui feront, ultérieurement, l’objet d’un article spécifique sur la gestion calamiteuse de l’ex-DG, Bouaké Fofana. En réalité, estime une autre source à la comptabilité de la SICOGI, « entre les ventes de terrains à des prix minorés pour ensuite percevoir une partie de l’argent en espèces et les nombreuses sommes retirées en toute illégalité, les détournements de l’ex-DG avoisinerait les 10 milliards F.CFA ». Il nous semble que le président Ouattara n’avait pas connaissance de ces graves allégations de détournements de deniers publics au moment où il a coopté M. Bouaké Fofana dans le gouvernement.

    Odeurs de récupération politique

    Cette affaire foncière de la Riviera Golf semble avoir été l’objet de récupération politique. En effet, l’entreprise Twins avait réussi à faire signer une pétition à une très large majorité des riverains, séduit par sa proposition de bâtir, gracieusement, au profit des riverains, un complexe sportif moderne sur une partie du terrain restant, que la SICOGI n’avait pas encore vendue. Mais ce projet, destiné à rassurer les riverains, ne verra jamais le jour. Les nombreuses demandes d’autorisation adressées au Maire de Cocody, Jean-Marc Yacé, tant par la SICOGI que par Twins sont restées sans suite. Au-delà du fait que le maire d’opposition pouvait se réjouir d’une affaire qui ne pouvait qu’embarrasser le gouvernement, un de mes contacts à la maire de Cocody m’a révélé que le maire lui-même avait un projet immobilier sur le terrain en question, en partenariat avec un homme d’affaire Ivoiro-Libanais, H. Dakhlallah. Le maire n’a pas voulu répondre à nos questions, malgré mes nombreuses relances.

    Parmi les riverains eux-mêmes, il y a eu tentative de récupération politique. J’ai mené une enquête sur le président du Comité de Crise mis en place. Jean-Yves Esso est un opposant au régime très actif et prolifique sur les réseaux sociaux tout comme au sein de la jeunesse du PDCI. J’ai retrouvé de nombreuses publications dans lesquelles il soutenait la « désobéissante civile » qui a fait une centaine de morts lors de la présidentielle de 2020. Il présente régulièrement Henri Konan Bédié comme un messie et, dans une de ses récentes publications sur l’élection à la présidence de l’assemblée nationale, il qualifie le parti au pouvoir de « tonneau des danaïdes ».

    J’ai également lu attentivement ses publications autour de cette affaire foncière : toutes tendancieuses, elles voulaient –très subtilement- préparer une révolte nationale qui partirait d’un banal litige foncier à la Riviera Golf.

    Lors de l’entretien qu’il nous a accordé, Jean-Yves Esso a déclaré que leur combat consistait à obtenir les droits de propriété sur cette parcelle. « Une fois obtenus, nous pourrons dealer dessus avec qui nous voulons. La vendre où en cogestion avec un opérateur immobilier. Nous pourrons traiter même avec Twins, pourquoi pas ». Quelque peu choqué de découvrir que celui qui, sur tous les réseaux sociaux, affirmait vouloir protéger leur aire de jeu cachait en réalité un spéculateur foncier, nous avons demandé à M. Esso de confirmer ses propos, ce qu’il a fait, devant témoins. Quelques jours plus tard, nous avons mentionné la position du président du Comité de crise à d’autres membres de ce groupuscule, qui n’ont pas manqué de nous signifier leur surprise. Moins d’une heure après avoir quitté ces deux autres membres du bureau du comité de crise, Jean-Yves Esso nous a envoyé un message par WhatsApp pour se rétracter, mais le mal est déjà fait. L’intention du Comité de crise est d’obtenir les droits de propriété sur ce terrain qui fait l’objet de beaucoup de convoitises. Ce que le Comité veut en faire ? Nul ne peut aujourd’hui l’affirmer avec certitude. Mais ce qui est certains, il ne s’agit pas de laisser cet espace en l’état, et ça, tous les responsables du Comité que nous avons rencontré nous l’ont affirmé. Seuls les projets divergent.   

    Et si l’opinion s’était fait avoir 

    Finalement, dans cette affaire, la véritable victime semble être la société Twins Immobilier. Trimballée par la SICOGI qui n’arrive pas à la faire jouir du bien qu’elle lui a vendu, indexée par des riverains qui la présentent comme un opérateur privé uniquement motivée par l’appât du gain, Twins Immobilier a également vu sa réputation ternie par les sorties quelque peu hasardeuses d’un ministre de la Construction qui a réagi dans l’émotion et la précipitation, sans avoir véritablement pris connaissance de tous les contours de ce dossier. Face à l’ampleur prise par cette affaire sur les réseaux sociaux, et alors même qu’un remaniement ministériel était attendu, le ministre Bruno Koné, de l’avis des dirigeants de la SICOGI avec lesquels je me suis entretenus, a eu peur que ce litige ne lui coûte sa reconduction dans le gouvernement. Il a donc annoncé publiquement l’annulation de la vente de ce terrain à Twins Immobilier, alors qu’il n’a aucune qualité légale pour le faire, comme me l’a confirmé un juriste. Seule la justice peut, en effet, remettre en cause ce genre de transaction.

    Aujourd’hui, le dossier n’a pas bougé depuis la déclaration du ministre de la Construction dénonçant la vente de ce terrain. Des sources au sein de Twins Immobilier m’informent que tout arrangement à l’amiable, tendant à les faire renoncer à un projet pour lequel l’entreprise avait déjà réalisé les études et conçu des maquettes, passerait par des dédommagements qui avoisineraient au moins deux milliards F.CFA.

    Ce qui est vrai, est vrai !

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